Colloque « L’avenir des églises » le 27 novembre 2024

Un colloque s’est tenu à Périgueux (auditorium Jean Moulin), le mercredi 27 novembre 2024, sur le thème de « l’Avenir des Eglises », à l’intention des prêtres, maires et élus de la Dordogne, institutions de sauvegarde du patrimoine. Il était organisé conjointement par l’Évêché, l’Union des maires de la Dordogne et la Ville de Périgueux, en étroite collaboration avec la Commission diocésaine d’art sacré
(CDAS). C’est un sujet qui touche au cœur de l’identité de nos communes. Comment entretenir, sécuriser et faire vivre ces églises millénaires qui, pour beaucoup, constituent le plus précieux patrimoine des villages de France ? C’est pour répondre à cette équation que les organisateurs ont réuni près de 80 participants lors de cette journée de travail.

Contexte et cadre institutionnel

Ce colloque a été organisé à la suite de la réflexion initiée par différentes instances sur le plan national ces dernières années. Il s’inscrit dans une dynamique de préservation du patrimoine religieux, marquée par plusieurs jalons majeurs :

  • Rapport sénatorial du 6 juillet 2022 sur l’état du patrimoine religieux en France.
  • Etats généraux du patrimoine religieux organisés par l’Eglise de France pour recenser tant l’immobilier que le mobilier et le patrimoine immatériel . La CDAS a été mandatée quant à elle par l’Evéché en 2023/2024 pour organiser la concertation avec l’ensemble des partenaires concernés (prêtres, associations paroissiales, communes) afin de réaliser l’inventaire pour le diocèse.
  • Impulsion présidentielle: la problématique sur le sujet a été placée sous le feu des projecteurs par le Président de la République lorsqu’il a annoncé de nouvelles dispositions, en particulier un plan de sauvegarde des édifices religieux français prenant, entre autres, la forme d’une collecte nationale défiscalisée.

Débats et Thématiques

Sous la modération de M. l’Abbé Thierry Niquot, vicaire général, deux tables rondes ont structuré les échanges :

  • Table ronde n°1 : « La notion de patrimoine », sujet comprenant une définition du patrimoine religieux, la présentation du rapport sénatorial du 7 juillet 2022 sur l’état du patrimoine religieux en France, le résultat de l’enquête nationale faisant le point sur le patrimoine religieux du Périgord, et un rappel du cadre juridique de la loi, en particulier la loi du 19 décembre 1905.
  • Table ronde n°2 : « L’usage des édifices religieux » : réflexion sur l’usage d’une église, sur les usages partagés et la compatiblité de l’usage des lieux de cultes. Un point a été fait également sur la sécurité dans les édifices religieux, en particulier sur la sécurité incendie.

Intervenants

  • Après les propos introductifs de Mme Delphine Labails, Maire de Périgueux, de Mgr Philippe Mousset, Evêque du diocèse de Périgueux et Sarlat, et de M. Bruno Lamonerie, Président de l’Union des maires de la Dordogne, M. L’Abbé Thierry Niquot, Vicaire général et modérateur des tables rondes, a donné la parole aux différents intervenants qui ont exposé leur propos.
  • M. l’Abbé Jean-Marc Nicolas, responsable de la commission diocésaine d’art sacré (CDAS)
  • M. Serge Laruë-Charlus, chargé du conservatoire diocésain d’art sacré (CDAS)
  • M. Claude Rey, Directeur de l’Union des maires de la Dordogne (UDM.24)
  • Mgr Albert Rouet, Archevêque émérite de Poitiers
  • M. Nicolas Platon, Maire de Ribérac
  • M. Jean Sindou-Faurie, Président de l’association Pacte de Tourtoirac
  • M. Alain Rivière, Contrôleur général, Directeur du SDIS de la Dordogne
  • M. l’Abbé Thierry Niquot, Vicaire général

    Les 80 personnes présentes dans la salle ont participé activement aux échanges proposés à l’issue de chaque table ronde.

Réflexions & Perspectives : L’église au cœur du village

L’Evêque a rappelé que le Périgord est riche d’un patrimoine cultuel, qui par sa quantité, sa qualité et sa diversité assure une grande partie de sa renommée nationale et internationale. Il est une des réalités majeures de son attractivité touristique, de sa vitalité économique, de sa grandeur culturelle, en un mot de son rayonnement. Le colloque s’est donné pour objectif d’aider les propriétaires, les affectataires et les communautés à mieux connaître le patrimoine dont ils sont dépositaires. C’est aussi une étape supplémentaire pour que chacun s’interroge sur nos pratiques et nos usages et contribue à valoriser ce qui doit l’être. Dans le même temps, il convient de rappeler l’attachement des catholiques de la Dordogne à ce patrimoine exceptionnel témoignage d’une foi ancienne et vivante. Le Président de l’Union des maires de la Dordogne a insisté sur le rôle des maires, gestionnaires des églises, qui ont la charge de veiller à leur bon entretien et portent leur attention, tant à la conservation de ce patrimoine dans sa dimension cultuelle qu’à son utilisation non religieuse. La réalité de cette problématique, notamment sur le plan financier, ne constitue pas une surprise pour les maires qui restent pour la plupart d’entre eux attachés à leur église.
L’Union des maires et le Diocèse partagent ces préoccupations, y compris la réflexion nécessaire sur la compatibilité des lieux eu égard à l’organisation des manifestations culturelles

L’usage et la compatibilité des édifices religieux

L’un des moments forts de la journée a concerné l’usage des lieux. Si la destination cultuelle reste prioritaire, la question de la compatibilité des églises avec d’autres activités a été débattue. Comment ouvrir davantage ces édifices sans dénaturer leur caractère sacré ?
La question de la compatibilité ne se résume pas à une simple autorisation ; elle repose sur un équilibre subtil entre la loi de 1905, le droit canonique et la réalité financière des communes. Les différents intervenants apportent leurs témoignages et éclairages sur la question.
La perspective théologique et sociétale de Mgr Albert Rouet est particulièrement riche à ce sujet.

Le cadre de l’affectation cultuelle

Le principe fondamental rappelé lors des échanges est que l’église est un lieu « affecté au culte ».
Cela signifie que :

  • L’accord de l’affectataire (le prêtre) est indispensable : Le maire, bien que propriétaire, ne peut organiser un concert ou une exposition sans l’aval du représentant de l’Église.
  • Le critère de la décence : Toute manifestation doit être compatible avec la destination religieuse du lieu. Le contenu artistique ne doit pas heurter la conscience des fidèles ou la sacralité de l’espace (autel, tabernacle).
Les points de vigilance pour les manifestations artistiques

Lors des débats, les problématiques de compatibilité se cristallisent souvent autour de trois axes :

  • La nature de l’œuvre : Un concert de musique classique ou chorale est naturellement accepté. En revanche, d’autres esthétiques nécessitent un dialogue plus approfondi pour s’assurer que la mise en scène et le contenu des oeuvres respectent la configuration du lieu.
  • La gestion de l’espace : Comment installer une scène, des éclairages ou une billetterie sans masquer le patrimoine (retables, vitraux) ou dégrader le mobilier ? La sécurité incendie, évoquée par le SDIS lors du colloque, devient ici un enjeu majeur pour l’accueil du public hors cadre liturgique.
  • La « neutralité » de l’usage partagé : L’église reste un lieu de prière, même durant une exposition. La cohabitation entre un touriste admirant une œuvre et un paroissien se recueillant est une équation de savoir-vivre qui doit être pensée en amont.
L’église, un « Bien Commun » financier et social

La perspective développée par l’Union des Maires et le Diocèse est pragmatique :

  • Valorisation pour la sauvegarde : Ouvrir l’église à des concerts ou des visites permet de justifier les lourds investissements de restauration auprès des contribuables, au-delà de la seule communauté catholique.
  • Le rayonnement du Périgord : Comme cela a été souligné, l’église est un moteur de l’attractivité. Un usage culturel maîtrisé transforme l’édifice en un levier de dynamisme local, évitant que ces « églises millénaires » ne deviennent des musées silencieux et fermés.

En résumé : La compatibilité n’est pas un frein, mais un contrat de confiance. Il s’agit de passer d’une église « exclusivement réservée » à une église « prioritairement cultuelle mais culturellement ouverte ».

Conclusion

Le colloque du 27 novembre 2024 à Périgueux marque une étape supplémentaire dans la gestion du patrimoine religieux en Dordogne. Loin de se limiter à un simple constat technique ou financier, cette journée de travail a révélé une convergence de vues entre les maires, gardiens civils de l’édifice, et le clergé, garant de sa dimension spirituelle.

L’avenir de nos églises repose finalement sur trois piliers indissociables :

  • La Connaissance : L’inventaire rigoureux mené par la CDAS constitue la pierre angulaire de toute stratégie de sauvegarde, permettant de prioriser les interventions avant que l’irréparable ne survienne.
  • La Sécurité : L’implication du SDIS rappelle que la survie des édifices et la protection du public sont des préalables non négociables, particulièrement dans un contexte d’ouverture accrue.
  • Le Dialogue sur les Usages : L’idée d’une église « culturellement ouverte » fait son chemin. En acceptant de faire de l’église un espace de culture et de vie sociale — tout en respectant scrupuleusement l’affectation cultuelle et la sacralité des lieux — les acteurs locaux assurent la pérennité de ce patrimoine aux yeux de ‘ensemble des citoyens.

En conclusion, le colloque démontre que l’église n’est pas un vestige du passé, mais un « Bien Commun » vivant. Son avenir ne dépend pas d’une solution unique et descendante, mais d’un dialogue permanent et de solutions « sur-mesure », adaptées à chaque village. En agissant de concert, élus et diocèse transforment la charge financière de l’entretien en un investissement pour le rayonnement culturel et l’identité de nos territoires.

J-L D (CDAS)